Saturday, 22 April 2017

Acid rain by Mark Young



It was some little overdone
b!tch—resin rings, resin cuffs,
patent leather pumps, the cutest
little suede & leather handbag,
& the entire ensemble topped off

by a parasol the size of a circus big
top—that Engels was trying to chat up
who first theorized the relationship
between the family & women's
oppression, & opined that the

literature on the latest designer
toys illustrated the paradigm that
the types of familial relations with-
in which humans live are neither
instinctive nor eternal.

Monday, 17 April 2017

Hard Words by Volodymyr Bilyk

Harde Taale by Photocapy


1.
ACETYLGALACTOSAMINYLTRANSFERASE
ESOPHAGOGASTRODUODENOSCOPICALLY
TETRAMETHYLENEDISULPHOTETRAMINE
BENZYLDIMETHYLHEXADECYLAMMONIUM
DICHLORODIPHENYLTRICHLOROETHANE

2.
ETHYLBUTYLACETYLAMINOPROPIONATE
TRIFLUOROMETHYLPHENYLPIPERAZINE
ACYLGLYCEROPHOSPHOETHANOLAMINE
CYCLOPENTANOPERHYDROPHENANTHRENE
ENCEPHALOMYELORADICULONEUROPATHY

3.
DIOCTYLBENZOTHIENOBENZOTHIOPHENE
LARYNGOTRACHEOBRONCHOPNEUMONITIS
DICHLORODIPHENYLDICHLOROETHYLENE
TRICHLOROPHENYLMETHYLIODOSALICYL
ACETYLGLUCOSAMINYLGLYCOPEPTIDE

4.
TETRAMETHYLENEDISULFOTETRAMINE
SULPHOQUINOVOSYLDIACYLGLYCEROL
DICHLORODIPHENYLDICHLOROETHANE
IMMUNOELECTROCHEMILUMINESCENCE
METHYLENEDIOXYBENZYLPIPERAZINE

5
ACYLGLYCEROPHOSPHOETHANOLAMINE
ETHANOLAMINEPHOSPHOTRANSFERASE
HIPPOPOTOMONSTROSESQUIPEDALIAN
DIPALMITOYLPHOSPHATIDYLCHOLINE
PSEUDOPSEUDOHYPOPARATHYROIDISM

6.
ACETYLGLUCOSAMINYLTRANSFERASE
IMMUNOELECTROCHEMOLUMINESCENCE
DIMYRISTOYLPHOSPHATIDYLCHOLINE
MANNOSYLPHOSPHORYLTRANSFERASE

7.
AMIDOPHOSPHORIBOSYLTRANSFERASE
PSYCHONEUROENDOCRINOIMMUNOLOGY
SULFOQUINOVOSYLDIACYLGLYCEROLS
DIMETHYLACETYLENEDICARBOXYLATE
TRIHYDROXYMETHYLANTHRAQUINONE

Thursday, 6 April 2017

A Semiological Disagreement on the Big Blue Bus by Jeff Nazzaro

Photograph by Flora Michèle Marin

People file onto the bus, filter into the back. One man sticks his head in the door and asks the driver if it is the Rapid.

She says, “No, this is the local.”

“Good,” the man says. “I want the local.” He boards the bus. He wears a white T-shirt and jeans, designer sunglasses, a small backpack slung over his right shoulder.

Some others get on. A student. A woman wearing the baseball cap and polo shirt of a fast food restaurant worker. A man in a pinstriped suit carrying a leather satchel.

“Downtown Santa Monica?” the man in the suit asks.

The driver nods, “Mm-hm.”

Another man gets on. His clothes are filthy, his hair matted. He carries an overstuffed tote bag. Coming out of the top of the tote bag is an old mattress pad with wooly white fibers sticking up every which way.

“Can I just put a little something in the fare box?” he asks the driver. He extends his open hand: scuffed nickel, bent dime.

“Mm-mm,” the driver shakes her head.

“All you have to say is, ‘no,’” the man says, backing off the bus.

Two women get on around him. They carry small suitcases and chat in Mandarin. The driver leans around the women.

“I did say ‘no,’” she says.

“No you didn’t,” the man says over his shoulder. “You said, ‘Mm-mm.’”

The two women pay their fares and find seats, chatting all the while. The driver raises her voice out the door.

“Same thing, though,” she says. “You understood me.”

The man shakes his head, and carries his tote bag over to a bench to sit and wait for the next bus, hoping for a “yes,” or at least a properly uttered “no.”

*****

Jeff Nazzaro lived in Japan for twelve years and now makes his home in Southern California. His flash fiction has appeared in several publications, including BareBack, and is forthcoming in Dogzplot and Fear of Monkeys.

Friday, 3 March 2017

God Must Be a Beautiful and Lonely Outcast by Kyle Hemmings

Painting by Norman J. Olson


For a moment,
she forgets that her body
is the bark of a decaying yew
or the egrets
that once rested on her branches,
once light as Peruvian lilies,
bring only tiny jolts of pain.
They snatch a bite of her flesh.
Their nest is somewhere else.
They leave her with
a jagged line of imprints.
I know I know she says.
She won’t send me away.

This afternoon’s love
will be like morphine
and only a dose.
I think of the drip rate
of rain over crowded cities
their underbellies.
This scorned harlot of a body
was once conjured
from the River Pishon
and I was the first and last man
in Eden. If I ask her to undress,
will she? Will it be too painful?
And this forbidden apple we eat
never tasted as sweet as today,
our slow dying, unfolding.
I can hear that river breathe.


from the chapbook Séance, mgv2>publishing, 2013

Monday, 13 February 2017

Les lèvres de ma mère de Murièle Modély

Nu féminin de Trojan story


Maman m'a souvent mis son sexe en plein visage. Je n'ai aucun tabou, je parle beaucoup du sexe de maman. Mais à force de le dire, le redire, le mot sexe finit dans ma bouche aussi inoffensif et fade que le mot table ou le mot chien.

J'ai pensé chien, ce n'est pas par hasard. Je dis aussi parfois, ma mère est une chienne. Cela ne choque personne, mes amis ont l'habitude, cela les amuse. Ils ont une propension assez banale, à rire dès qu'on parle de cul... Dans les soirées, je fais encore mon petit effet, même si au fil du temps, cela marche de moins en moins : le vulgaire devient lassant à force, et si on réfléchit bien, je ne dis rien de drôle.

Car lorsque j'évoque mon visage entre les lèvres de ma mère, ce n'est pas pour faire de l'esprit, pas non plus par goût de la provocation. Je suis dans ces moments-là absolument, totalement sincère.
Aussi loin que je me souvienne, le sexe de maman a toujours occupé ma vie.

Lorsque j'étais petite, nous allions manger chez mes tantes le dimanche. C'était la belle époque pour ma mère, ça buvait sec, ça fumait tout autant. Entre le café et le digeo, maman racontait immanquablement à ses sœurs captivées, comment ma grosse tête oblongue avait déchiré son con. Elle disait ça en me couvant d'un regard plein d'amour, le genre de regard glaireux qui poisse et vous cloue. Je restais silencieuse. J'écoutais pour la énième fois le long passage, revivais le glissement interminable dans son vagin. Les tantes s'enivraient de paroles, elles n'avaient pas d'enfant.

J'imaginais leur bassin tout sec s'agiter la nuit, je les imaginais se remémorer, filet de salive sur oreiller mou, les lèvres rouges de maman se déformant sous l'articulation du mot sexe. Le mot. J'aimais le répéter, le tordre. Ma mère m'a donné ça aussi. Avec l'obsession de son corps, le jouir des mots. Mon enfance a été bercée du récit maintes fois réinventé de l'expulsion de mon corps hors de son ventre, de la dilatation jusqu'au point de rupture de ses pauvres huit centimètres de chair sous mes cinquante vagissant et rougeauds.

Puis j'ai grandi. Je n'allais plus déjeuner le dimanche. Je n'avais plus envie de récit, la réalité était nettement plus singulière. La réalité ressemblait à un morceau de viande crue attendrie par les coups. Après son divorce, ma mère a eu beaucoup d'amants.
Elle jouissait bruyamment, quel que soit le type, quel que soient les corps. Pendant l'amour, certains geignaient, d'autres grondaient, moi j'entendais toujours plus fort derrière le mur ses « DÉFONCE MOI LA CHATTE ! »
« Défonce moi la chatte ». Nous en avions une à l'époque. Une chatte blanche à poils longs. Nous l'avions appelé Crevure. Je ne me rappelle plus qui de maman ou moi avait choisi ce nom. Cela me faisait rire tout bas le soir, son cri d'amour qui devenait un appel au meurtre. Je caressais Crevure, serrais mes doigts contre son cou.

Parfois au lendemain de soirées particulièrement torrides, maman m'appelait au réveil. Elle était ces matins-là d'humeur tendre. Elle voulait un câlin, elle minaudait, elle essayait de me retenir tout contre elle dans le lit. Je sentais à travers le drap son corps collant. Cela me révulsait. Je disais « Maman, je n'ai plus cinq ans ». Elle riait, répétait que j'étais ce qu'elle avait de plus précieux au monde, qu'aucun homme jamais ne prendrait ma place, qu'aucun homme jamais ne la connaîtrait aussi bien que moi... Sûr qu'aucun homme n'était allé aussi loin dans son sexe que moi, ça oui je le savais. Devant mon air renfrogné, elle me demandait si je l'aimais. Je ne répondais pas. Pas parce que je ne l'aimais pas, mais à cause de l'odeur. Je retenais mon souffle, serrais les dents, cela sentait le foutre.

Imaginer son sexe. L'entendre prononcer ce mot. Le dire moi-même. Tout cela ne me faisait plus rien, qu'avais-je à craindre de deux syllabes ? Mais voir ou sentir son sexe, c'était autre chose. Passer devant la salle de bain, dont elle ne fermait jamais la porte, et la surprendre rasoir en main, dénuder son pubis, voilà qui soulevait le cœur. À chaque fois que cela se produisait évidemment, je claquais la porte. Elle la rouvrait aussi sec, plantait droit ses yeux dans mes yeux et me disait d'une voix sèche, que nous étions l'une à l'autre, que je n'avais pas être gênée, parce que son sexe je le connaissais bien, je m'y étais blottie, je l'avais malmené, qu'un jour ou l'autre, moi aussi on me fourragerait... Puis soudain elle rejetait la tête en arrière, le poids sur nos poitrines se relâchait, elle se mettait à rire. « Que tu es drôle avec ta mine défaite ».

À mes dépens ou pas, j'ai expérimenté le sexe comme une vaste plaisanterie. Ma mère m'a appris cela  : rire, jouir, faire semblant. Ne pas pleurer. Il s'agit à mon tour de répéter les mêmes gestes, d'asséner les mêmes mots. La regarder vieillir. C'est moi qui aujourd'hui harassée, la rejoins au petit matin dans son lit. Je découvre sa nouvelle odeur, son corps fermé et affaibli. J'appuie fortement ma bouche maquillée contre les mèches blanches sur sa joue. Il n'y a rien d'autre à dire que maman en baisant ses lèvres ridées.

Friday, 10 February 2017

Ecoute mon petit, écoute... de Jan Bardeau

Couverture du recueil Les égarés
Illustration de Sébastien Russo


Un conte dystopique extrait du recueil Les égarés, de Jan Bardeau, autoédition, 1998

Ecoute mon petit, écoute ton grand-père, tiens, remets du combustible dans le foyer, prends ces cartons, oui ceux-ci, nous irons demain en cherche d'autres. Voilà, nous sommes au chaud, couvre-toi tout de même, les courants d'air vibrent fort, la cloison de notre cabane, cette couverture te protégera, doucement mon garçon, ne la déchire pas. Tu es bien? Tu as faim, je le sais mon pauvret, moi aussi, moi aussi, il ne reste rien hélas, ni bouillon ni pain; écoute-moi, écoute ton grand-père.

Loin d'ici, je m'en souviens, s'étend une contrée généreuse; la terre y revêt une robe de plantes, tu n'imagines pas, des fleurs multicolores et des arbres de toutes sortes, des insectes en pagaille animent cette flore par leurs vrombissements, et les gens mon garçon, si tu les voyais! Ils sont beaux, si beaux! Ils portent des vêtements solides et pleins de motifs variés, ils ne se nourrissent que de viande et de fruits frais, et si forts! Ils consacrent leur temps à leur corps, ils courent pour rien et nulle part, ils soulèvent des choses lourdes pour se muscler et quand ils se lassent, sais-tu, ils rêvent, comme toi ce soir, tes yeux ouverts sur les flammes et leur puanteur, mais eux, ils utilisent des machines à histoires, et des personnes sont entretenues à inventer sans cesse des fables plus attrayantes.

Mais le mieux, tu écoutes? Oui? Ecoute ton grand-père, oui, écoute-moi, ne bave pas, je t'en prie, tu gémis? Ecoute ma vois, je l'ai vue, tu me crois? Une grande maison de bois, elle glisse sur l'eau, paisible, si paisible, et ses habitants vivent là, portés au gré des courants de tant d'eau, comme tu n'en as jamais connue, comme tu n'en connaîtras jamais, de l'eau si profonde que d'aucuns disparaissent dedans, comme cette bassine, oui, qui recueille la pluie, mais tellement plus grande.

Tu dors? Déjà? Je te conterai la suite, oui, mon pauvre débile, et je prierai pour toi, moi l'athée, parce qu'il ne demeure que cet espoir d'échapper, de vivre ailleurs, sans cette misère, ces privations, sans ces cochonneries qui font des petits difformes, oui, un peu de liberté, comme avant, lorsque jeune homme j'existais, chômeur, mais toujours un peu heureux.

Thursday, 9 February 2017

Les barreaux de Murièle Modély

Illustration Maxime Dujardin
Déjà publié dans Murièle Modély & compagnie, mgv2>publishing, avril 2016


Tu es assise sur la pierre tombale depuis au moins deux heures. Tu as chaud, tu transpires, la sueur ravine. Ça colle sous ton nombril. La dentelle du jupon s'est tire-bouchonnée entre tes plis de gras.

Gabrielle va être furieuse. Parce que tu as pris la robe sans la lui demander. Parce que les auréoles sous tes bras, ta poitrine, vont tout dégueulasser. Parce que quand tu te déshabilleras, le tissu sera chiffonné.
Elle va gueuler, c'est sûr, peut-être même qu'elle cognera. Les cris parfois ne suffisent pas.

Tu t’en fous. Tu as mis la robe jaune de Gabrielle : celle à fines bretelles, avec un biais de satin sur l'encolure et l'ourlet. La robe que votre tante lui a donnée. À elle, Gabrielle, parce qu'elle a toujours été la préférée. Et que tu n'es que l’autre, la grosse.

La robe te serre la taille ; tu n'as pas réussi à remonter complètement la fermeture éclair. À chaque mouvement, la tête métallique te gratte. Tu as même senti l'étoffe craquer, quand tu as écarté le tissu de tes fesses pour t'asseoir.

Mais la robe est jolie, et toi aussi. Alors oui, c'est sûr, ça va être ta fête...

Comme l'étoffe a tendance à remonter, tu tires régulièrement sur le jupon pour couvrir tes genoux. Tu n'as pas envie qu'il les voit quand il va arriver : ils sont noirs et cagneux. Gabrielle a pris l'habitude de t'appeler "gros-cul-grosses-pattes". Et s'il y a du monde à la maison, elle imite la démarche d’un canard en cancanant. Votre mère rit. Cette andouille rit aussi. Elle ne se rend même pas compte, que sa bouche ressemble au cul d'une poule quand elle fait ces bruits là.

Mais tout cela n'a aucune importance, car ce n'est pas toi qui es aujourd'hui coincée à la maison. Ce n'est pas toi qui te tiens stupide derrière les barreaux de la cour, à faire semblant de ne pas voir les garçons. Ce n'est pas toi qui es plantée comme une idiote, seule, avec des airs méprisants de mamzelle sous le bras. Aujourd’hui « Gros-cul-grosses-pattes » a mis une robe jaune comme le soleil, s'est parfumée, maquillée, pour attendre un homme.


Tu as faim. Cela fait deux heures que tu es là. Tu sens que le noir, que tu as mis sur tes yeux, bave un peu. Ça picote, tu te retiens pour ne pas frotter. Tu ne peux même pas voir à quoi ressemble ton visage ; tu n'as pas de miroir. Tu n'as pas de sac non plus. Tu es venue les mains vides.

Il t'avait dit appuyé contre les barreaux, "tu feras tout ce que je dirai ?",  tu avais répondu "oui". Et tu avais couru, comme promis, avant midi, au cimetière.

Tu penses aux deux pizzas, que ta mère et Gabrielle ont acheté la veille au Lidl, tu salives. Ça mouille de partout sur ton corps. À cause du soleil, de ton ventre qui gargouille, et de lui.

Tu t'es assise sur une pierre, en face de l'entrée nord, te contentant de cuire sans broncher, parce que ça tape fort et depuis longtemps sur ta tête. Tu sens à peine l'odeur de la mer, tant tu es anesthésiée par l'attente et l'air qui tremble devant tes yeux éblouis.

Tu attends. Tu entends. Le bruit des vagues. Le grondement des voitures qui passent de l'autre côté. Le cri des oiseaux sur les parois de la grotte des Premiers français.
Et puis aussi un rire... non deux... non trois. Trois rires lourds et mâles, qui sautent le muret  pour foncer s'ébrouer dans le jaune de ta robe.